"Her"... Le titre du film est bien, il est clair, il est concis mais
pour moi, il manque « Fl » devant...Parce que c'est vraiment ça,
Her, c’est un truc que je ne souhaite pas déflorer, voilà pourquoi cet article
sera court et relativement égocentré...
Déjà,
il faut savoir que si ce papier apparaît seulement sur le site plus d’un mois
après sa sortie en salles, il s’agit de tout
sauf d’un hasard car voyez-vous, cela fait depuis que je l’ai vu (il y a quatre
semaines et demi donc) que je rêve d'en parler et que je me perds,
malheureusement, en ne sachant pas du tout par quel angle le prendre. En effet,
dois-je parler du film en lui-même ou bien de son aspect technique ou mieux
encore de son sujet de base ?
Je pourrais très bien parler des trois en énonçant des faits aisément
trouvables par la moindre recherche google...Comme autre solution je
pourrais, aussi et puisque je suis mélomane, m'arrêter sur la bande-son
composée par Arcade Fire et féliciter le groupe canadien pour avoir enfin su
éviter l'écueil de la grandiloquence, mais ça n'aurait pas un intérêt
formidable. Non, décidément, je ne vois pas ce qui pourrait me remettre les
pendules à l'Her...
C'est pourquoi, je vais tout bêtement retourner aux sources du gonzo
journalisme transcendantal et vous raconter ma vie. Pas dans son intégralité
rassurez-vous, cela serait trop long et risquerait pour sûr de me mener
jusqu'aux assises à cause de mes fantasmes indécents (impliquant souvent des
personnes de petite taille mais rarement des enfants). Je vais simplement vous
raconter "ma vie avec Spike Jonze".
Il faut savoir que j'ai rencontré Spike il y a maintenant près d'une dizaine
d'années, c'était avec Adaptation. Je m'apprêtais à aller me coucher avant une
nouvelle journée de lycée quand, tandis que je souhaitais bonne nuit à mes
parents qui regardaient la télévision comme à leur habitude, j'entendis une
voix masculine déblatérer maintes et maintes choses sur les orchidées et leurs
reflets saillants. Immédiatement, le ton de cette voix, sa radicalité ainsi que
sa confusion patentée piquèrent mon intérêt. Une semaine plus tard, profitant
d'une rediffusion, le film était enregistré sur VHS par mes soins. Encore une
semaine plus tard, je le visionnais ardemment. Quelques mois plus tard, j'achetais
le DVD puis, quelques autres mois plus tard, je me procurais le livre contenant
le point de départ de l'intrigue : The Orchid Thief par Susan Orlean.
Depuis, il ne se passe pas une année sans que je ne revoie ce film ni n'y
repense avec tendresse. Adaptation restant selon moi, de par son traitement du
doute de l'artiste ou de par la pureté de son message final, une œuvre
sidérante.
Je fus moins enchanté en revanche par Dans la peau de John Malkovich, sans
doute parce que cette peau manquait justement d'un peu de chair, c'est-à-dire
de cœur, c'est-à-dire d'ivresse, c'est-à-dire de vie.
Concernant Max et les
Maximonstres, je ne sais pour le coup pas vraiment où me situer. Certes, je
sais que j'ai pleuré et que j'ai adoré mais je ne sais rien de plus excepté que
ce film donne envie, après son visionnage, de boire des litres et des litres de
chocolat chaud dans lesquels on tremperait ensuite, maintes infinités de toasts
beurrés au miel.
Les présentations étant désormais faites avec messire Jonze et ses gamins de
pellicule, il est temps de parler d'Elle, en bref, il est l'heure d'Her (ou je
fais un malheur) !
Alors, hm, déjà, hm...les décors sont sublimes, ils nous donnent
l'impression d'être dans un univers où tout est un gigantesque hall d'aéroport
cerclé par d'ineffables gratte-ciels empruntés à Shangaï et à Abou Dhabi. Et
euh...l'interprétation y est excellente, Joaquin Phoenix profitant de sa
moustache faite maison (et de ses chemises roses) pour perdre le côte sulfureux
qui fit sa renommée et nous camper un personnage d'une douceur et d'une
fragilité folle, Amy Adams nous prouvant une nouvelle fois qu'elle est une
actrice sur qui on peut - et on doit - compter, Rooney Mara complétant
admirablement le tableau avec grâce et luminosité, tel un Klimt sous une
collection de néons. Et puis ah oui... il y a la Voix. Celle qui, à
elle seule, justifie le sens même du film (et ridiculise celle de Secret Story
en la faisant passer pour une vulgaire blague pour adolescents nés en 1984). Ce
n'est pas tant que la voix de Scarlett Johansson soit miraculeuse, c'est plutôt
ce qu'elle incarne - ou en l'occurrence, ce qu'elle n'incarne pas - qui compte
réellement.
En existant totalement tout en ne restant qu'une voix, et ce grâce à dix
millions d'astuces présentes tant dans la mise en scène que dans le scénario,
elle est le sens profond de ce long-métrage. Ce Sens, je pourrais évidemment
vous le livrer dans le détail mais comme mon intention première est de ne pas
tuer le Mystère (à l'instar des restaurateurs chinois qui sont les seuls au
monde à encore proposer ce dessert aux pauvres humains que nous sommes), je
vais une fois de plus ruser et parler de mon expérience propre. Sachez donc,
qu'après avoir compris ce que Spike Jonze voulait réellement dire avec Her,
j'ai pleuré pendant exactement seize minutes et trente-sept secondes. Suite à
quoi, j'ai appelé celle avec qui je suis depuis quelques années et, dès que
j'ai entendu sa voix au téléphone, je fus le plus heureux et amoureux des
hommes...
P-S : Bon après, il est nécessaire d'avoir un cœur pour bien apprécier
le film sinon vous vous emmerderez comme un rat mort et enterré, d'autant qu'il
y a bien vingt minutes en trop et que la fin en elle-même est extrêmement
convenue, pour ne pas dire facile !
P-S 2 : Et puis de toute façon, vous vous devez d’aller le voir
puisqu’on y trouve la plus belle scène de sexe jamais vue au cinéma !
mardi 22 avril 2014
vendredi 18 avril 2014
L'Amour au temps de l'angine blanche
Sérieusement.
Des villes, compositions florales de gratte-ciels étonnants, gris et sphériques, noirs et tendus, subissent chaque jour les assauts de tanks monstrueusement armés.
Ainsi, sous l'impulsion d'une volonté humaine, un ballon de football fondu dans le métal et chargé à ras bord d'explosifs mortels est expulsé d'une tige creusée vers les fenêtres d'un bâtiment civil.
Ainsi, les jouets et les pianos qui occupent cet espace tranquille sont transformés, en un jet de ballon, en flammes et en éclats.
Ainsi, Tibor, Esther, Lionel, Johann, Séverine, Michelle, Alain et Hubert doivent abandonner leurs rêves.
Ils ne seront pas de grands scientifiques ni de grands sténographes, pas même de grands chômeurs.
Ils ne seront pas.
Ils ont été changé en nombres.
8 morts dans un échange de coups de feu dans la région Est de la capitale.
Leurs cadavres déchiquetés par différents obus sont placés sous des draps que personne n'osera jamais soulever.
On met leurs cadavres sous la terre, rapidement, pendant que la lune brille encore.
On paie une pièce l'heure celui qui a creusé le trou.
On brûle immédiatement les draps tachés de sang.
La neige et l'Histoire s'occupe du reste. Ne vous en faites pas, ils disparaîtront.
8 morts.
Tibor savait pertinemment que tout cela finirait mal, il le sentait dans l'air, le devinait entre les lignes des journaux nationaux et avait, par conséquent, commencé à économiser pour son déménagement.
Esther était trop occupée par son travail à la manufacture pour se douter de la proximité d'un tel danger.
Lionel, lui, peignait des nus.
Johann s'inquiétait pour Séverine qu'il avait mis enceinte, il n'avait pas beaucoup d'argent mais il l'aimait tellement.
Michelle donnait des cours particuliers à quelques écoliers petit-bourgeois qui, souvent, la mettaient mal à l'aise.
Alain buvait comme un évêque et n'avait pour la vie que peu de considération.
Hubert était un résistant. Il avait la veille, participé à un meeting important duquel il était revenu avec précaution. Il était certain de ne pas avoir été suivi et puis, quand bien même, il était loin d'être un chef de file et il n'avait pour le moment rien fait de trop incriminant.
8 morts.
Des pas se font dans la neige. Sous la statue d'un immense philosophe, un homme fait les cent pas. Il attend la venue d'Emilie. Rousse, aux courbes miraculeuses et aux yeux de verdure, elle est la promesse de passer pour de sûr une douce nuit.
Dans quelques secondes, l'homme ressentira une énorme douleur sous la poitrine. Puis encore deux autres jusqu'à ne plus rien sentir. Il ne verra pas le visage de ses agresseurs mais il saura pourquoi il fut poignardé.
Ce jour-là, il n'avait pas reçu l'ordre d'ouvrir le feu, il l'avait fait instinctivement.
Emilie était belle, c'est si triste de ne pas la revoir !
9 morts.
Les funérailles du jeune homme furent un moment d'accalmie bienvenu.
Ici, hommes et femmes festoyèrent joyeusement, riant au visage de l'absurde et dansant ivres et beaux au bras de la fatalité. La vie continuait, les comptes étaient réglés et le vin était bon.
La police militaire, bien aidée par ses indicateurs, retrouva trace, le lendemain, des deux potentiels agresseurs. Ceux-ci, peu coopératifs, furent battus à mort avant d'être jetés dans la rivière voisine. La nuit, pendant que la lune brillait encore. L'hère qui balança leurs corps dans l'eau froide fut payé une pièce.
11 morts...
Des villes, compositions florales de gratte-ciels étonnants, gris et sphériques, noirs et tendus, subissent chaque jour les assauts de tanks monstrueusement armés.
Ainsi, sous l'impulsion d'une volonté humaine, un ballon de football fondu dans le métal et chargé à ras bord d'explosifs mortels est expulsé d'une tige creusée vers les fenêtres d'un bâtiment civil.
Ainsi, les jouets et les pianos qui occupent cet espace tranquille sont transformés, en un jet de ballon, en flammes et en éclats.
Ainsi, Tibor, Esther, Lionel, Johann, Séverine, Michelle, Alain et Hubert doivent abandonner leurs rêves.
Ils ne seront pas de grands scientifiques ni de grands sténographes, pas même de grands chômeurs.
Ils ne seront pas.
Ils ont été changé en nombres.
8 morts dans un échange de coups de feu dans la région Est de la capitale.
Leurs cadavres déchiquetés par différents obus sont placés sous des draps que personne n'osera jamais soulever.
On met leurs cadavres sous la terre, rapidement, pendant que la lune brille encore.
On paie une pièce l'heure celui qui a creusé le trou.
On brûle immédiatement les draps tachés de sang.
La neige et l'Histoire s'occupe du reste. Ne vous en faites pas, ils disparaîtront.
8 morts.
Tibor savait pertinemment que tout cela finirait mal, il le sentait dans l'air, le devinait entre les lignes des journaux nationaux et avait, par conséquent, commencé à économiser pour son déménagement.
Esther était trop occupée par son travail à la manufacture pour se douter de la proximité d'un tel danger.
Lionel, lui, peignait des nus.
Johann s'inquiétait pour Séverine qu'il avait mis enceinte, il n'avait pas beaucoup d'argent mais il l'aimait tellement.
Michelle donnait des cours particuliers à quelques écoliers petit-bourgeois qui, souvent, la mettaient mal à l'aise.
Alain buvait comme un évêque et n'avait pour la vie que peu de considération.
Hubert était un résistant. Il avait la veille, participé à un meeting important duquel il était revenu avec précaution. Il était certain de ne pas avoir été suivi et puis, quand bien même, il était loin d'être un chef de file et il n'avait pour le moment rien fait de trop incriminant.
8 morts.
Des pas se font dans la neige. Sous la statue d'un immense philosophe, un homme fait les cent pas. Il attend la venue d'Emilie. Rousse, aux courbes miraculeuses et aux yeux de verdure, elle est la promesse de passer pour de sûr une douce nuit.
Dans quelques secondes, l'homme ressentira une énorme douleur sous la poitrine. Puis encore deux autres jusqu'à ne plus rien sentir. Il ne verra pas le visage de ses agresseurs mais il saura pourquoi il fut poignardé.
Ce jour-là, il n'avait pas reçu l'ordre d'ouvrir le feu, il l'avait fait instinctivement.
Emilie était belle, c'est si triste de ne pas la revoir !
9 morts.
Les funérailles du jeune homme furent un moment d'accalmie bienvenu.
Ici, hommes et femmes festoyèrent joyeusement, riant au visage de l'absurde et dansant ivres et beaux au bras de la fatalité. La vie continuait, les comptes étaient réglés et le vin était bon.
La police militaire, bien aidée par ses indicateurs, retrouva trace, le lendemain, des deux potentiels agresseurs. Ceux-ci, peu coopératifs, furent battus à mort avant d'être jetés dans la rivière voisine. La nuit, pendant que la lune brillait encore. L'hère qui balança leurs corps dans l'eau froide fut payé une pièce.
11 morts...
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| Unsider - Ouroboros |
samedi 22 mars 2014
Zéro 2
Le soleil, quand il flottait à l'air libre, éclaboussait gracieusement les peaux blondes et brunes. Cela roussait les corps caucasiens et bleuissait doucement ceux des terres d'Afrique. Et tout le monde était beau, et tout le monde faisait l'amour, sans retenue. Quand il pleuvait en revanche, chacun rentrait chez soi, le désir comme mort.
Il plut beaucoup cette année-là.
Il plut beaucoup cette année-là.
0.2
"Suis-moi, tu ne le regretteras pas"
Je ne voulais pas la suivre, je ne voulais pas marcher, je ne voulais pas croiser le regard des gens, goûter à leur amertume, toucher du doigt tout ce qu'ils représentent, toutes ces histoires qui ne sont pas les miennes et ne le seront jamais. Et puis leurs yeux, ces juges ronds presque toujours inertes qui portent, en un seul mouvement, infinité de coups. Je ne voulais pas de ces coups, quand bien même sa compagnie me les amortirait. Je ne voulais pas sortir car je ne voulais pas rentrer chez moi, énormément blessé par les regards d'autrui. J'étais sûr de le regretter, ça représentait tellement d'inconfort, tellement de risques pris inutilement et pour découvrir quoi ?
Au mieux, il s'agira d'un feu d'artifices ou d'une manifestation, un carnaval, quelque chose de ce goût-là. Le genre d'événements que je peux très facilement voir et revoir en vidéo sur mon grand écran. Des feux d'artifice tirés en plein jour depuis l'Anapurna, des carnavals brésiliens ou bien sud-africains, avec des bouquets finaux dignes de l'Apocalypse et des mouvements de liesse rythmés orageusement qui vous donnent l'impression d'être à la Saint-Barthélémy avec des baisers et des démentes à la place des meurtres faits pour séduire un pauvre crucifié. Je n'ai pas envie de vivre, j'en ressortirai nécessairement frustré puisque privé de la possibilité de tout mettre sur pause, de retourner en arrière sur un éclat passant, et privé surtout de la possibilité d'arrêter ce cirque quand bon me semble.
"Suis-moi, tu ne le regretteras pas"
J'aime l'extra-diégétique, l'idée d'une bande-sonore ajoutée à l'instant et qui m'indique clairement dans quel sens va le vent. Si la musique est triste, je sais que je dois me préparer à sentir mon cœur se serrer. Quand elle est gaie, je sais que je suis en sécurité et que ce qui surgira aura l'air du printemps. Et quand il n'y en a pas, je sais que je vais subir un bel effroi suite à l'apparition d'un spectre ou d'une longue lame plongée dans la chair nue. Dans la vie, tout ça n'existe pas, les registres ne sont pas séparés et ce qui paraît être une douce après-midi peut vite devenir une soirée exécrable. Cet absolu inattendu me désespère. Comment peut-on exister en toute sérénité quand on ne dispose pas de signes annonciateurs ? Je ne comprends pas ces gens qui prétendent mener une vie heureuse alors qu'ils baignent constamment dans les foules humaines, dans leurs incertitudes, et dans leurs grands dangers. Ils doivent être un peu fous.
"Suis-moi, tu ne le regretteras pas"
J'ai cédé, elle est venue jusque chez moi sans que je ne puisse rien faire. J'ai prétexté un rhume, ai toussé devant elle mais elle s'en moqua et me tira par la manche. J'ai laissé tourner mes téléchargements et suis sorti la mort dans l'âme. Dehors, il faisait étrangement mauvais, l'air explosait en rafales et manquait chaque fois de me faire quitter le sol. J'avais peur, je rêvais de rentrer tandis que Paule, impassible, traçait. Je la suivis pour ne pas être seul et parce que, quelque part, un bloc en moi avait bougé. Nous marchions déjà depuis un quart d'heure lorsque le vent, emprisonné par les immeubles qui nous entouraient, se tut royalement. Ce silence soudain tombé sur l'atmosphère me fit réaliser que les rues étaient vides. Sans doute les citadins avaient-ils préféré, fort logiquement, se réfugier chez eux par ce temps si spécial et peut-être que les sans-abris s'étaient tous envolés avec leurs bouts de carton et froides couvertures en guise de deltaplanes. Enfin, nous arrivâmes.
Le vent était de retour, les autres aussi, Paule étrennait un sourire délicieux et je me demandais ce que l'on fichait là. Nous étions bien une trentaine, debout près d'un muret qui normalement n'intéresse personne. Était-ce un concert improvisé ou bien devais-je reconnaître parmi ces gens réunis, certains de mes amis ? Je ne le savais pas bien. Ce que je savais, c'était que cette longue marche m'avait fourbu les jambes et c'est ainsi, qu'inconsciemment, je me suis assis sur le fameux muret. Étonnamment, ce choix de fauteuil provoqua une mince hilarité au sein de l'assistance. En temps normal, je me serais immédiatement relevé, trop soucieux que j'étais de ne pas être la risée mais cette fois-ci, j'étais trop fatigué. Pendant ce temps, Paule m'observait en conservant son délicieux sourire, un sourire qui disait que je ne le regretterai pas.
Cinq minutes plus tard, il y eut un soulèvement. Ce fut l'histoire d'une poignée de secondes terribles et bouleversantes. Car du muret jaillit la mer, lancée comme un cheval de course. La mer comme cette feuille qui recouvre la pierre et la broie juste après quand on perd la partie. La mer comme une pluie de sabres articulés s'écrasant sur mon dos. La mer s'écroulant sur moi comme s'écroulent les trains sur les corps ligotés des bandits sans parole. La mer qui creuse mes épaules, mon crâne et mes tibias jusqu'à faire de mes os, le pont démoniaque du triste Titanic. La mer qui me projette au sol, le sol qui décroche un bout d'une de mes meilleures dents, le goût ferreux du sang remplissant mes mâchoires tandis que je me relève, peut-être mort, peut-être au milieu de cadavres.
Paule est debout, totalement épargnée et garde toujours, en pointe, son sourire. De la voir joyeuse, au-dessus de mon corps brisé, me plonge dans une noirceur manifeste. Je songe à l'étriper ou l'humilier publiquement et dans mes yeux se lit une invincible rage. Consciente du gouffre d'intention qui nous sépare, Paule fait un pas vers moi, puis, me surprenant totalement, me serre dans ses bras.
Abasourdi, je pense tout d'abord à une réplique de la vague meurtrière mais il n'en est rien car son corps...ce déluge-là...
Aucun feux d'artifice, aucun soleil d'été n'est à la hauteur de ce déluge-là et je suis même sûr que ceux qui marchèrent sur la lune pour la première fois n'approchèrent pas d'un pouce un tel déferlement de sensations profondes. Tous les orchestres étaient mélangés, il y avait du Van Gogh dans De Vinci et Flaubert écrivait comme un Fante ensorcelé d'acides. Paule était contre moi, Paule était avec moi et une chaleur immense susceptible de faire passer Pompéi pour un glacier d'Islande, merveilleusement m'envahissait. Je sentais toutes ses formes avec au-delà d'elles, son sourire, sa bienveillance, sa longue majesté. Elle desserra son étreinte, me regarda délicieusement et apprécia la joie, rouge, débordant de mes joues. Je ne voulais plus rentrer et je ne rentrai pas.
Je me repris la vague et la sienne en pleine face encore une ou deux fois, avec plaisir, avec ardeur et impatience. Dans ma chambre sans lumière, les téléchargements devaient être terminés depuis longtemps, tant mieux pour eux !
Je devais être fou.
Je ne le regrettai pas.
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| Affiche de prévention - Japon (zone côtière) |
samedi 15 mars 2014
Un sens de la vie
J'errerai les jambes lourdes le long d'une avenue
J'attendrai le métro pour ma correspondance
Je serai au cinéma devant un film allemand
Je sortirai de l'eau salée des Caraïbes
Je commanderai un thé à la menthe vanillée
J'essaierai des larmes de pure peur, de folle jalousie et d'infériorité
Je mettrai cent savons différents au fond de ma baignoire
J'observerai la mer, bleue, noire, premier écran du monde
Je serrerai la main d'un proche que j'avais perdu de vue
J'aimerai
Je sourirai à la serveuse débutante et essaierai de trouver son prénom
Je mentirai à mes parents en leur disant que tout va bien
J'enjamberai une rivière en prenant soin de ne pas choir sous les yeux de ma femme
J'avalerai mon café froid en tirant, léger, sur une cigarette
Je serai au stade avec autour de moi, du rouge, du bleu, des parisiens
J'avalerai trois antidouleurs différents dans la même gorgée
Je demanderai à Célia de se pousser parce qu'elle m'écrase un peu
Je demanderai à Célia de ne surtout plus bouger, de rester avec moi
J'appliquerai de la crème sur mon visage blindé par le soleil
Je tenterai de danser, entre alcools, honte, et totale liberté
Je ferai une scène dont j'oublierai immédiatement la raison
Je regretterai
J'enchaînerai les jeux de mots les plus abominables pour que rient mes amis
Je prendrai mon mal en patience, sur une place où la pluie embrassera la neige
Je remonterai la couette sur tes épaules nues quelque peu frissonnantes
Je regarderai les gens, tous, droit dans les yeux, comme pour comprendre
J'appellerai l'ascenseur et approcherai ma main de ta poitrine ferme
J'apprendrai une nouvelle langue, sous les néons d'une classe où il fera très chaud
J'exécrerai les misogynes propos d'un auteur à la mode
Je retirerai de l'argent, en guettant le miroir, tant par crainte de vol que par souci d'allure
Je voyagerai en mauvaise classe, rempli de la tête aux pieds par la musique de Philip Glass
J'aimerai
Je plongerai mes reins dans les reins de mon rêve, priant pour qu'elle aime ça
Je m'étendrai sous les étoiles en pensant malgré moi à de vaines préoccupations, allant de l'état de mon compte en banque à la parution prochaine d'une bande-dessinée
Je descendrai les marches de la cathédrale de Rouen, passablement effrayé, en me tenant partout pour ne pas tomber
J'avancerai mes lèvres vers ton cou, passablement enjoué, en me tenant partout pour ne pas tomber trop
Je me questionnerai quant à l'utilité vraie des hommes d'affaire et des familles nombreuses
J'arracherai les tubes qui me retiendront et déambulerai, perdu, en quête d'un peu d'eau
Je mimerai la mort devant une jeune nièce ayant fait un fusil de ses mains
Je tiendrai le bras de mon ami, là-bas, à Liverpool, au moment où les premières notes éclateront dans l'espace
Je ruminerai des idées noires par centaines, sans les dire jamais, sinon en explosant et en blessant les miens
Je regretterai
Je ferai un massage crânien à la femme de ma vie en espérant, de mes doigts, lui donner des orgasmes ou du moins, de géniales visions
Je m'assoupirai devant un téléviseur diffusant un classique hongkongais
Je jouerai, manette en main, jusqu'à ce que ma vessie geigne extrêmement
J'écouterai, dans un club new-yorkais, un quatuor de jazzmans aux envoûtants accents
J'appellerai Etienne, Romain, Violette et Célia pour attirer leur attention
Je dormirai
J'aurai des suées, la bouche pâteuse, le cœur gris
Je reculerai, infiniment, le plus vite possible...
Je songerai à dix millions d'Apocalypse...
Et, la seconde d'après.
Je mourrai, laissant derrière moi,
Quelques écrits de choix
Et des souvenirs
Dores et déjà, en train de disparaître.
J'attendrai le métro pour ma correspondance
Je serai au cinéma devant un film allemand
Je sortirai de l'eau salée des Caraïbes
Je commanderai un thé à la menthe vanillée
J'essaierai des larmes de pure peur, de folle jalousie et d'infériorité
Je mettrai cent savons différents au fond de ma baignoire
J'observerai la mer, bleue, noire, premier écran du monde
Je serrerai la main d'un proche que j'avais perdu de vue
J'aimerai
Je sourirai à la serveuse débutante et essaierai de trouver son prénom
Je mentirai à mes parents en leur disant que tout va bien
J'enjamberai une rivière en prenant soin de ne pas choir sous les yeux de ma femme
J'avalerai mon café froid en tirant, léger, sur une cigarette
Je serai au stade avec autour de moi, du rouge, du bleu, des parisiens
J'avalerai trois antidouleurs différents dans la même gorgée
Je demanderai à Célia de se pousser parce qu'elle m'écrase un peu
Je demanderai à Célia de ne surtout plus bouger, de rester avec moi
J'appliquerai de la crème sur mon visage blindé par le soleil
Je tenterai de danser, entre alcools, honte, et totale liberté
Je ferai une scène dont j'oublierai immédiatement la raison
Je regretterai
J'enchaînerai les jeux de mots les plus abominables pour que rient mes amis
Je prendrai mon mal en patience, sur une place où la pluie embrassera la neige
Je remonterai la couette sur tes épaules nues quelque peu frissonnantes
Je regarderai les gens, tous, droit dans les yeux, comme pour comprendre
J'appellerai l'ascenseur et approcherai ma main de ta poitrine ferme
J'apprendrai une nouvelle langue, sous les néons d'une classe où il fera très chaud
J'exécrerai les misogynes propos d'un auteur à la mode
Je retirerai de l'argent, en guettant le miroir, tant par crainte de vol que par souci d'allure
Je voyagerai en mauvaise classe, rempli de la tête aux pieds par la musique de Philip Glass
J'aimerai
Je plongerai mes reins dans les reins de mon rêve, priant pour qu'elle aime ça
Je m'étendrai sous les étoiles en pensant malgré moi à de vaines préoccupations, allant de l'état de mon compte en banque à la parution prochaine d'une bande-dessinée
Je descendrai les marches de la cathédrale de Rouen, passablement effrayé, en me tenant partout pour ne pas tomber
J'avancerai mes lèvres vers ton cou, passablement enjoué, en me tenant partout pour ne pas tomber trop
Je me questionnerai quant à l'utilité vraie des hommes d'affaire et des familles nombreuses
J'arracherai les tubes qui me retiendront et déambulerai, perdu, en quête d'un peu d'eau
Je mimerai la mort devant une jeune nièce ayant fait un fusil de ses mains
Je tiendrai le bras de mon ami, là-bas, à Liverpool, au moment où les premières notes éclateront dans l'espace
Je ruminerai des idées noires par centaines, sans les dire jamais, sinon en explosant et en blessant les miens
Je regretterai
Je ferai un massage crânien à la femme de ma vie en espérant, de mes doigts, lui donner des orgasmes ou du moins, de géniales visions
Je m'assoupirai devant un téléviseur diffusant un classique hongkongais
Je jouerai, manette en main, jusqu'à ce que ma vessie geigne extrêmement
J'écouterai, dans un club new-yorkais, un quatuor de jazzmans aux envoûtants accents
J'appellerai Etienne, Romain, Violette et Célia pour attirer leur attention
Je dormirai
J'aurai des suées, la bouche pâteuse, le cœur gris
Je reculerai, infiniment, le plus vite possible...
Je songerai à dix millions d'Apocalypse...
Et, la seconde d'après.
Je mourrai, laissant derrière moi,
Quelques écrits de choix
Et des souvenirs
Dores et déjà, en train de disparaître.
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| Ico Concept Art |
jeudi 13 février 2014
Ces hommes...
Ces hommes qui sans femme broient le noir facilement
Deviennent patrons de cirque dès lors que les lieux gagnent en douce féminité.
Ils sont tout amusement car le désir amuse avant d'épuiser l'âme
Ils sont couleurs, surprenants panachés de verts et de violets, et ils ont un sourire comme seule expression.
Ils veulent vraiment plaire et pour cela enterrent leurs cœurs grisés
Sphères métalliques que l'on jette là-bas, sur le sable dans le sud, près des verres d'anisette.
En fait, ces hommes s'entre-dévorent sous les yeux de la femme avec l'espoir
- peut-être beau, peut-être ignoble -
De la damer chez eux puisqu'elle n'est qu'un objet, la Vierge, pour ces patrons de cirque et c'est là tout le drame...
Ils pourraient quitter leur grisaille qu'importe l'entourage
Et ainsi être aimé pour eux et non plus pour leurs rires.
Ils pourraient également voir la femme telle qu'elle est
Comme un homme séduisant et non comme une lionne qu'on rêve d'enchaîner.
Mais c'est ainsi et c'est trop tard
La comédie toujours l'emportera sur l'art.
Deviennent patrons de cirque dès lors que les lieux gagnent en douce féminité.
Ils sont tout amusement car le désir amuse avant d'épuiser l'âme
Ils sont couleurs, surprenants panachés de verts et de violets, et ils ont un sourire comme seule expression.
Ils veulent vraiment plaire et pour cela enterrent leurs cœurs grisés
Sphères métalliques que l'on jette là-bas, sur le sable dans le sud, près des verres d'anisette.
En fait, ces hommes s'entre-dévorent sous les yeux de la femme avec l'espoir
- peut-être beau, peut-être ignoble -
De la damer chez eux puisqu'elle n'est qu'un objet, la Vierge, pour ces patrons de cirque et c'est là tout le drame...
Ils pourraient quitter leur grisaille qu'importe l'entourage
Et ainsi être aimé pour eux et non plus pour leurs rires.
Ils pourraient également voir la femme telle qu'elle est
Comme un homme séduisant et non comme une lionne qu'on rêve d'enchaîner.
Mais c'est ainsi et c'est trop tard
La comédie toujours l'emportera sur l'art.
![]() |
| Marie Konstantinovna Bashkirtseff - Dans l'Atelier |
samedi 8 février 2014
111
* Tu fais quoi dans la vie ?
J'écris. Je crois que j'écris. Je me persuade à longueur de temps que j'écris. J'écris que j'écris même si, en définitive, j'écris très peu. Je me consume surtout, au fil des nuits. Je ne m'endors pas. Je. A quoi tout cela rime ? Vais-je me sortir de cette torpeur en utilisant indéfiniment des mêmes artifices ? Me replier sur moi, faire gicler mon ego au quatre coins de la feuille et prier pour que quelque chose d'universel naisse de cette vaine émission...Je.
Les histoires avant tout les histoires. Nous sommes tous et chacun des ensembles d'histoires. Certains d'entre-nous vivent des histoires à peine bonnes pour un soap opéra d'Amérique du Sud. D'autres vivent des histoires fascinantes, des qui feraient des films ou des sagas livresques vendus partout dans le monde. Et enfin, pour la plus grande majorité des êtres qui peuplent cette planète, nous vivons des histoires qui oscillent tellement entre ces deux états qu'elles ne seront jamais retrouvées ni dans aucun livre, ni dans aucune telenovela.
Aussi, il y a des œuvres et des histoires qui n'appartiennent en rien à la réalité. Il y a ces lunes à visage humain, ces verts soleils et ces pluies jaillissantes de la terre endormie.
Il y a...la poésie...l'art de dire en quelques mots ce qui peut prendre une vie...l'art d'expliquer un rêve en ne le racontant pas...l'art d'embrasser, non plus avec les lèvres, non plus avec les dents mais avec l'âme toute entière l'esprit contemporain. Ou l'esprit de demain. La poésie...c'est cela. C'est l'esprit de demain embrassé puissamment.
Enfin, je n'en sais rien. Peut-être ai-je fait pousser ses phrases uniquement parce que mon cerveau les interprétait comme belles et sonores, peut-être n'ont-elles à la finale qu'un sens flou voire interdit. C'est une salle tellement remplie d'eau - le cerveau - tellement débordante d'idées que l'on prémâche, de volontés en boucle répétées, répétées tant et tant qu'elles n'aboutissent jamais, ces volontés, ces envies de changer le monde, elles n'aboutissent jamais. Elles restent fœtales comme on a peur, en les menant à bien, d'y perdre toute notre peau, de se voir écarteler comme un anglais, comme l'on craint la punition pour avoir osé vivre.
Vivre en se laissant guider par la main tentatrice, celle qui porte un gant blanc, celle qui a des yeux d'enfer et de ténèbres, la main future, la main d'incertitude. Cette main qui, à son gré, peut être comme ce patin qui tourne et dessine la musique, colore les figures et sucre les instants ; tout comme elle peut être un poing, un rocher de doigts fait qui vient nous étourdir, nous déconstruire le front, nous draper nous la feuille, dans son ombre imposante. Elle peut cela la main. Elle peut ouvrir le bal ou bien nous en jeter, sans sommation -soudainement - si soudainement que les liqueurs absorbées juste avant repartent en une flaque.
De l'iode, des morceaux d'aigue-marine, des photos de classe de la troisième quatre, du parfum d'amyris, deux paires de lacets longs, un poisson-chat, du vinaigre en quantité, de l'éparpillement, une pleine corbeille de fruits : mangues, poires, clémentines et pommes empoisonnées.
Ainsi est constituée la flaque glissant au milieu des pavés comme rampait Jean au sein de sa tranchée, elle cherche à partir, à s'écouler en une cascade invisible à l’œil nu. A devenir un de mes textes en somme.
* Tu fais quoi dans la vie ?
J'écris, j'imagine...
J'écris. Je crois que j'écris. Je me persuade à longueur de temps que j'écris. J'écris que j'écris même si, en définitive, j'écris très peu. Je me consume surtout, au fil des nuits. Je ne m'endors pas. Je. A quoi tout cela rime ? Vais-je me sortir de cette torpeur en utilisant indéfiniment des mêmes artifices ? Me replier sur moi, faire gicler mon ego au quatre coins de la feuille et prier pour que quelque chose d'universel naisse de cette vaine émission...Je.
Les histoires avant tout les histoires. Nous sommes tous et chacun des ensembles d'histoires. Certains d'entre-nous vivent des histoires à peine bonnes pour un soap opéra d'Amérique du Sud. D'autres vivent des histoires fascinantes, des qui feraient des films ou des sagas livresques vendus partout dans le monde. Et enfin, pour la plus grande majorité des êtres qui peuplent cette planète, nous vivons des histoires qui oscillent tellement entre ces deux états qu'elles ne seront jamais retrouvées ni dans aucun livre, ni dans aucune telenovela.
Aussi, il y a des œuvres et des histoires qui n'appartiennent en rien à la réalité. Il y a ces lunes à visage humain, ces verts soleils et ces pluies jaillissantes de la terre endormie.
Il y a...la poésie...l'art de dire en quelques mots ce qui peut prendre une vie...l'art d'expliquer un rêve en ne le racontant pas...l'art d'embrasser, non plus avec les lèvres, non plus avec les dents mais avec l'âme toute entière l'esprit contemporain. Ou l'esprit de demain. La poésie...c'est cela. C'est l'esprit de demain embrassé puissamment.
Enfin, je n'en sais rien. Peut-être ai-je fait pousser ses phrases uniquement parce que mon cerveau les interprétait comme belles et sonores, peut-être n'ont-elles à la finale qu'un sens flou voire interdit. C'est une salle tellement remplie d'eau - le cerveau - tellement débordante d'idées que l'on prémâche, de volontés en boucle répétées, répétées tant et tant qu'elles n'aboutissent jamais, ces volontés, ces envies de changer le monde, elles n'aboutissent jamais. Elles restent fœtales comme on a peur, en les menant à bien, d'y perdre toute notre peau, de se voir écarteler comme un anglais, comme l'on craint la punition pour avoir osé vivre.
Vivre en se laissant guider par la main tentatrice, celle qui porte un gant blanc, celle qui a des yeux d'enfer et de ténèbres, la main future, la main d'incertitude. Cette main qui, à son gré, peut être comme ce patin qui tourne et dessine la musique, colore les figures et sucre les instants ; tout comme elle peut être un poing, un rocher de doigts fait qui vient nous étourdir, nous déconstruire le front, nous draper nous la feuille, dans son ombre imposante. Elle peut cela la main. Elle peut ouvrir le bal ou bien nous en jeter, sans sommation -soudainement - si soudainement que les liqueurs absorbées juste avant repartent en une flaque.
De l'iode, des morceaux d'aigue-marine, des photos de classe de la troisième quatre, du parfum d'amyris, deux paires de lacets longs, un poisson-chat, du vinaigre en quantité, de l'éparpillement, une pleine corbeille de fruits : mangues, poires, clémentines et pommes empoisonnées.
Ainsi est constituée la flaque glissant au milieu des pavés comme rampait Jean au sein de sa tranchée, elle cherche à partir, à s'écouler en une cascade invisible à l’œil nu. A devenir un de mes textes en somme.
* Tu fais quoi dans la vie ?
J'écris, j'imagine...
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| Moebius - L'homme sur le mur |
samedi 1 février 2014
Un monde en paix
La pourriture rognera les joues de la plus jeune, y dessinera un cercle vert puis violacé autour duquel la chair se crispera. De cette joue rognée naîtra dans la foulée une sorte de fontaine aux rebords animés d'où jailliront des fluides aux couleurs imprécises, tantôt touchant au jaune, tantôt noir extinction. La plus jeune aura mal et criera, longtemps, éternellement diront ses proches. Enfin, la fontaine opérera comme une rotation, violente et crue, qui viendra scier d'un coup le visage de l'enfant. La plaie étant trop grande et la vie trop minime, la plus jeune décédera presque instantanément.
Quelques heures plus tard lors du Dernier Regard, elle sera placée de profil pour ne pas effrayer. Après quoi, son corps nu sera brûlé sous les applaudissements d'une foule anonyme.
Au sein de ce public s'occupant comme il peut, il y aura Bénédict, vingt ans et fils de voiturier.
Bénédict et ses mains gantées de laine grise dissimulant péniblement l'horreur inscrite en ses dix doigts. L'horreur et les suintements car sur ses phalanges traînent des plaies ouvertes. Pire encore que ces plaies qui, chaque soir lorsqu'il retire ses gants, lui donnent l'impression d'enlever un pansement trempé, il y a les bubons qui brillent par dessus pareils à de grosses bagues. Ceux-là sont de vraies gênes puisqu'au moindre mouvement il craint que l'un d'entre eux ne frotte par erreur et n'éclate en morceaux, déversant par la même sur ses doigts déjà sévèrement salis un mélange d'algues et de sang brun. Alors, quand le cadavre de la plus jeune fut malmené par la langue tordue des flammes mécanisées, Bénédict se contenta de faire semblant de taper dans les mains.
Vaine précaution puisqu'il mourut trois semaines plus tard.
Ce jour-là, il avait cédé à la tentation, abruti par la douleur autant que par les antidouleurs, il avait décidé d'extraire à l'aide d'une cisaille l'un des nombreux bubons. L'extraction en elle-même se passa pour le mieux, il avait en effet suffit d'un seul coup de cisaille pour que le globe de chairs gonflées ne se décroche de la partie supérieure de son annuaire droit. Non, ce sont les conséquences de cette chirurgie qui furent désastreuses, n'étant pas Evan Kane qui le voulait.
Ayant plongé sa main réduite d'un enfer dans une bassine d'alcool, Bénédict se crut à l'abri et entreprit donc, de sa main libre et toujours gantée, d'examiner l'excroissance par lui détachée. Tout d'abord, il la pressa avec délicatesse, espérant en faire saigner un peu d'abject jus. Cependant, rien ne sortit et le bubon, plutôt que juteux et tendre, paraissait au contact aussi dur que l'onyx. Étonné par cette résistance, Bénédict fit ensuite l'erreur de sa vie quand il commença l'épluchage de son charnu joyau.
Ce qu'il vit fut là aussi brûlé sous les applaudissements et ne saurait être décrit sans provoquer, soit l'hilarité grasse, soit la terreur profonde.
Ce qu'il vit c'était un crâne humain, de la taille d'une cerise et dont l'un des deux yeux manquait au recensement.
Très certainement horrifié par l'idée qu'une vingtaine de crânes similaires reposaient actuellement sur ses mains, Bénédict se défenestra dans la minute suivant sa trouble découverte.
Son cadavre fut brûlé sur le champ sans être déplacé, comme le veut la procédure dans ce cas de figure. Fait surprenant, selon le voisinage, son enveloppe incendiée ne produisit pas les rugissements et crépitements d'usage, seulement un silence fatigué entrecoupé parfois par le fracassant bruit que font les vagues quand elles frappent toutes ensemble les falaises alentours.
Ainsi, Bénédict s'était suicidé et, tandis que le mince crâne à son doigt cisaillé allait en se carbonisant, Hélène observait la scène en faisant tout pour ne pas se gratter. Ce n'était pas tâche aisée tant les brûlures courant sur sa poitrine étaient atrocement sensibles. Tant toujours elle ressentait au-dessus de son ventre, de vives démangeaisons, comme un nid de sangsues impossibles à défaire et sans cesse la mordant. Malgré tout elle tenait bon dans son impassibilité, se consolant souvent avec un froid fantasme, une obsession glacée où elle prenait la place de ce crâne dévoré par les flammes massées. Elle y songea jusqu'à la fin, jusqu'à ce que tout cela ne soit plus supportable, pour son corps et son cœur constamment paniqué.
Hélène s'éteignit, définitivement, par une nuit de juin, seule dans son lit, repliée sur elle-même parmi la puanteur.
Nous étions en 1950, à Miyachi, quartier populaire proche de Nagasaki.
Quelques heures plus tard lors du Dernier Regard, elle sera placée de profil pour ne pas effrayer. Après quoi, son corps nu sera brûlé sous les applaudissements d'une foule anonyme.
Au sein de ce public s'occupant comme il peut, il y aura Bénédict, vingt ans et fils de voiturier.
*
Bénédict et ses mains gantées de laine grise dissimulant péniblement l'horreur inscrite en ses dix doigts. L'horreur et les suintements car sur ses phalanges traînent des plaies ouvertes. Pire encore que ces plaies qui, chaque soir lorsqu'il retire ses gants, lui donnent l'impression d'enlever un pansement trempé, il y a les bubons qui brillent par dessus pareils à de grosses bagues. Ceux-là sont de vraies gênes puisqu'au moindre mouvement il craint que l'un d'entre eux ne frotte par erreur et n'éclate en morceaux, déversant par la même sur ses doigts déjà sévèrement salis un mélange d'algues et de sang brun. Alors, quand le cadavre de la plus jeune fut malmené par la langue tordue des flammes mécanisées, Bénédict se contenta de faire semblant de taper dans les mains.
Vaine précaution puisqu'il mourut trois semaines plus tard.
Ce jour-là, il avait cédé à la tentation, abruti par la douleur autant que par les antidouleurs, il avait décidé d'extraire à l'aide d'une cisaille l'un des nombreux bubons. L'extraction en elle-même se passa pour le mieux, il avait en effet suffit d'un seul coup de cisaille pour que le globe de chairs gonflées ne se décroche de la partie supérieure de son annuaire droit. Non, ce sont les conséquences de cette chirurgie qui furent désastreuses, n'étant pas Evan Kane qui le voulait.
Ayant plongé sa main réduite d'un enfer dans une bassine d'alcool, Bénédict se crut à l'abri et entreprit donc, de sa main libre et toujours gantée, d'examiner l'excroissance par lui détachée. Tout d'abord, il la pressa avec délicatesse, espérant en faire saigner un peu d'abject jus. Cependant, rien ne sortit et le bubon, plutôt que juteux et tendre, paraissait au contact aussi dur que l'onyx. Étonné par cette résistance, Bénédict fit ensuite l'erreur de sa vie quand il commença l'épluchage de son charnu joyau.
Ce qu'il vit fut là aussi brûlé sous les applaudissements et ne saurait être décrit sans provoquer, soit l'hilarité grasse, soit la terreur profonde.
Ce qu'il vit c'était un crâne humain, de la taille d'une cerise et dont l'un des deux yeux manquait au recensement.
Très certainement horrifié par l'idée qu'une vingtaine de crânes similaires reposaient actuellement sur ses mains, Bénédict se défenestra dans la minute suivant sa trouble découverte.
Son cadavre fut brûlé sur le champ sans être déplacé, comme le veut la procédure dans ce cas de figure. Fait surprenant, selon le voisinage, son enveloppe incendiée ne produisit pas les rugissements et crépitements d'usage, seulement un silence fatigué entrecoupé parfois par le fracassant bruit que font les vagues quand elles frappent toutes ensemble les falaises alentours.
Ainsi, Bénédict s'était suicidé et, tandis que le mince crâne à son doigt cisaillé allait en se carbonisant, Hélène observait la scène en faisant tout pour ne pas se gratter. Ce n'était pas tâche aisée tant les brûlures courant sur sa poitrine étaient atrocement sensibles. Tant toujours elle ressentait au-dessus de son ventre, de vives démangeaisons, comme un nid de sangsues impossibles à défaire et sans cesse la mordant. Malgré tout elle tenait bon dans son impassibilité, se consolant souvent avec un froid fantasme, une obsession glacée où elle prenait la place de ce crâne dévoré par les flammes massées. Elle y songea jusqu'à la fin, jusqu'à ce que tout cela ne soit plus supportable, pour son corps et son cœur constamment paniqué.
Hélène s'éteignit, définitivement, par une nuit de juin, seule dans son lit, repliée sur elle-même parmi la puanteur.
Nous étions en 1950, à Miyachi, quartier populaire proche de Nagasaki.
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